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Souffrance en milieu engagé

Souffrance en milieu engagé

Enquête sur des entreprises sociales
La première enquête sur le mal-être des salariés de l'économie sociale.
Souffrance en milieu engagé

Souffrance en milieu engagé

Enquête sur des entreprises sociales
Pascale-Dominique Russo

Comme l’énonce très bien l’une des premières personnes que j’ai rencontrées au début de cette enquête, Alain Pellé, secrétaire général du Syndicat des Mouvements et Associations (SMA-CFDT) : « Dans les associations, il y a une double logique à l’oeuvre, managériale et militante. On fait le bien, donc on le fait bien. Il y a un impensé pour les salariés, un déni de la situation d’employeur. » Beaucoup de mes interlocuteurs du monde associatif ont également convenu d’une articulation délicate entre l’esprit inventif et innovant des associations et la gestion d’un nombre plus important de salariés en raison notamment de l’augmentation du public accueilli. Les conditions concurrentielles, l’absence de vie démocratique, l’impréparation des associations au salariat, figurent aussi parmi les raisons invoquées pour expliquer cette situation nouvelle. Les mutuelles, où les fusions sont légion, « ressemblent de plus en plus à des entreprises comme les autres », me confiait un vieux routier du secteur… Le mimétisme avec l’économie dite classique laisse une étrange impression. On peut voir se côtoyer aspirations démocratiques et discours managériaux issus des meilleures écoles de commerce. Drôle de mélange des genres ! Puis, peu à peu, j’ai réussi à interviewer plusieurs collaborateurs de mutuelles et d’associations où les situations de travail s’avéraient douloureuses. Ils ont souhaité témoigner de manière anonyme, par peur « d’être grillés dans le milieu », hormis les syndicalistes. Ces salariés, souvent diplômés, m’ont dit se retrouver face à un dilemme : être reconnus comme des professionnels par les directions tout en restant engagés pour des causes auxquelles ils adhèrent. On ne s’oppose pas facilement dans une association qui s’occupe de personnes à la rue, d’accueil de migrants ou lorsqu’on est porté par l’idée qu’on fait bouger le monde ! Ils m’ont souvent fait entendre leur désarroi devant une désorganisation qu’ils ressentent comme une des sources essentielles des risques psychosociaux. Ils m’ont aussi rappelé leur incompréhension devant le silence des conseils d’administration, m’ont confié leur déception, leur malaise et leur révolte en découvrant l’âpreté des nouvelles règles de travail dans un univers jusque-là relativement épargné, comme les mutuelles. Puissent-ils être remerciés pour la confiance qu’ils m’ont accordée. Un contexte contraignant Il faut dire que la période est complexe. Les valeurs des entreprises engagées sont ballottées au gré du marché, les mutuelles doivent se hâter de se regrouper pour ne pas disparaître face à la concurrence féroce des assurances.

Ainsi, afin de réduire leurs coûts de gestion et accroître la diversité de leur offre – assurance voiture, maison, santé et prévoyance, gestion de l’épargne –, les mutuelles se sont, depuis plus d’une vingtaine d’années déjà, agrandies et considérablement concentrées. Elles sont en train de devenir aujourd’hui des entités gigantesques. Une des dernières grosses fusions en date : la naissance du groupe VYV, « mutualiste et solidaire », composé notamment de la MGEN, mutuelle historique de santé et prévoyance des enseignants de l’Éducation nationale et d’Harmonie Mutuelle, elle-même issue d’un regroupement, qui assure une couverture de protection sociale complémentaire auprès de ses adhérents (Chorum appartient désormais à ce groupe). Pour leur part, la MACIF et AÉSIO, mutuelles de santé et de prévoyance, ont entamé un rapprochement… Côté associatif, la commande publique s’impose peu à peu comme le mode de financement majeur à travers les procédures d’appels d’offres, faisant des associations des sous-traitants et non plus des partenaires.

Ces nouvelles pratiques favorisent les plus grandes organisations associatives qui disposent d’équipes pour répondre aux offres des marchés publics dont la complexité est redoutable et chronophage. Confrontées dès lors à la baisse des subventions, les petites et moyennes associations se voient souvent obligées de vendre des services aux usagers, devenus des clients, pour financer leurs activités, comme l’indique la troisième étude1 sur l’évolution des associations de Viviane Tchernonog, chercheuse invitée au Centre d’économie de la Sorbonne (CNRS-Université Paris 1). Ces lames de fond sont à la source d’une précarité très nette dans le secteur associatif : selon les chiffres livrés par L’Atlas commenté de l’ESS en 20172, les CDD représentent 25 % des emplois dans le secteur non marchand contre 15 % dans les entreprises marchandes.

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ISBN : 978-2-491241-06-3
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ISBN : 978-2-491241-07-0
Publié le 20 février 2020 - 180 pages - largeur 133 mm, longueur 205 mm, épaisseur 15 mm

Face à la toute-puissance du marché, l’économie sociale et solidaire jouit d’une aura précieuse et attire de nombreux talents. Or, ce secteur est à son tour affecté par une précarité croissante. Une pression démesurée s’exerce sur les salariés dont certains font des burn-out.

La fonction d’employeur est souvent un impensé de ces structures qui se vivent avant tout comme militantes. Très investis, les salariés peuvent avoir du mal à distinguer vie professionnelle et vie personnelle et se retrouvent, malgré eux, dans une situation de « servitude volontaire ». Un paradoxe et un non-dit.

Cette enquête nous mène dans de grandes associations telles qu’Emmaüs, France terre d’asile ou le groupe SOS, qui se retrouvent en concurrence face à des appels d’offres publics de plus en plus complexes. Les mutuelles sont en proie à une concentration féroce et à d’autres bouleversements à l’origine de souffrances, comme on le voit à la MACIF. Partout, le sens de l’engagement se dilue.

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Les citations : 

« Un témoignage intéressant sur les modes de gestion du personnel dans les grandes organisations de l'ESS (et notamment les grandes associations du social et les mutuelles). Le livre ne condamne pas l'ESS en bloc, mais pointe les limites de sa prétention à être démocratique et à constituer une alternative aussi désirable aux sociétés de capitaux qu'elle prétend l'être. » Philippe Frémeaux, Alternatives économiques

«On aurait pu penser que les entreprises sociales étaient vertueuses dans leurs missions comme dans le traitement de leurs salariés. Pas du tout, aujourd'hui, ils sont soumis eux aussi aux pressions de la croissance, de la rentabilité. Une enquête passionnante sur un secteur aux coulisses méconnues.» Coup de coeur de Morgane Nedelec, Librairie Le Divan 


 

Note de lecture du sociologue Matthieu Hély sur ’Souffrance en milieu engagé’
Publié le 28 février 2020

Note de lecture du sociologue Matthieu Hély sur "Souffrance en milieu engagé"

"L'ESS aurait-elle fini par se rallier au camp du capital ?" 

Pour Matthieu Hély, Souffrance en milieu engagé  n'est "pas un pamphlet à la manière d'un "livre noir de l'ESS" qui viendrait dénoncer des injustices" mais "un appel à renouer avec les valeurs originelles". 

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Charlie Hebdo nous invite à nous ’culturer’ en lisant Souffrance en milieu engagé
Publié le 26 février 2020

Charlie Hebdo nous invite à nous "culturer" en lisant Souffrance en milieu engagé

"Sur le papier, ce sont des entreprises censées être vertueuses : celles qui se consacrent à l'économie sociale et solidaire. Pourtant, elles ne sont pas épargnées par les burn-out et la souffrance au travial, comme le montre l'enquête d'une journaliste, Pascale-Dominique Russo, dans un livre intitulé Souffrance en milieu engagé."

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À lire sur le site de La Croix, un compte-rendu de lecture de ’Souffrance en milieu engagé’
Publié le 24 février 2020

À lire sur le site de La Croix, un compte-rendu de lecture de "Souffrance en milieu engagé"

"Alerte sur la souffrance au travail dans l’économie sociale et solidaire", à découvrir en accès libre ici.

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3 questions à Pascale-Dominique Russo sur la ’souffrance en milieu engagé’ par Carenews
Publié le 21 février 2020

3 questions à Pascale-Dominique Russo sur la "souffrance en milieu engagé" par Carenews

La journaliste spécialiste de l’ESS Pascale-Dominique Russo dévoile à Carenews les grandes lignes de son enquête, sujet du premier titre de la collection Documents,  Souffrance en milieu engagé

Elle lance l’alerte sur la souffrance des salariés d’associations, de mutuelles et d’entreprises sociales où règne une forme de « servitude volontaire » et une pression économique très forte.

À lire ici

 

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Rencontre avec Pascale-Dominique Russo pour ’Souffrance en milieu engagé’
13 mars 2020

Rencontre avec Pascale-Dominique Russo pour "Souffrance en milieu engagé"

La librairie Le Genre Urbain, située sur les hauteurs de Belleville, accueillera la soirée de lancement du livre de Pascale-Dominique Russo, Souffrance en milieu engagé. Enquête sur des entreprises sociales.

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