Littérature
La Vie avec Marianne

La Vie avec Marianne

Traduit et préfacé par Éric Faye
La Vie avec Marianne

La Vie avec Marianne

Xaver Bayer & Éric Faye

Préface

Le livre que l’on va lire ici ne ressemble à rien de connu. Il faut dire que son auteur, né à Vienne en 1977, n’a pas lésiné sur les moyens, comme pour démontrer toute la liberté de création dont peut jouir un véritable écrivain – de par son imaginaire, de par la construction du texte et la diversité des tons qui traversent ces pages. Et à le découvrir, on se dit effectivement que l’écrivain peut être, s’il le choisit, l’homme le plus libre au monde. Certains ne s’y sont pas trompés dans son pays, puisque La Vie avec Marianne a obtenu en 2020, année de sa parution, une récompense prestigieuse, le Prix du livre autrichien. Xaver Bayer n’en était pas à son coup d’essai, publiant depuis 2001 romans, recueils de nouvelles et pièces de théâtre – une douzaine d’ouvrages au total.
Les chapitres de La Vie avec Marianne oscillent majoritairement entre l’absurde et un certain fantastique, mais la ligne de démarcation entre les deux genres est parfois brouillée, une partie du texte pouvant se réclamer de l’un comme de l’autre ; en outre, certaines pages sont saupoudrées d’un humour voire d’une cocasserie – parfois macabres – qui évoquent les nouvelles d’Italo Calvino. L’absurde selon Bayer procède dans plusieurs chapitres d’un art consommé du décalage. Le narrateur et Marianne ont des réactions inattendues dans certaines situations, prenant l’extraordinaire pour le banal, quand ils ne plongent pas dans le plus grand sérieux philosophique au beau milieu de la luxure…
Quant au fantastique, il participe de celui qu’ont initié des écrivains comme Kafka ou Gogol – un fantastique dont l’objet est l’homme, l’homme en tant qu’énigme pour lui-même. L’homme confronté à l’énigme du monde qu’il a mis en place. Oubliés, les monstres mythologiques et autres créatures terrifiantes. Les personnages de Bayer vivent dans notre monde, jusqu’à un certain moment : celui où des trappes s’ouvrent sous leurs pieds. Un court-circuit fait dérailler le réel. Une porte s’entrebâille vers un fantastique léger, le tout à la lumière discrète de nos mythes. Et c’est alors, à la faveur de ce basculement, que Bayer, dans sa grande liberté, nous fait revisiter à sa façon certains genres littéraires, comme le conte gothique, ou encore l’anticipation post-apocalyptique quand il prend à rebours les peurs engendrées par le dérèglement climatique et plonge dans un froid irréversible. Ici et là affleurent des thèmes légendaires ou bibliques – la descente aux enfers, à la faveur d’un escalier en bout de cave, ou une curieuse montée au Ciel, quand ce ne sont pas les anges gardiens déguisés en drones. Dans le monde insécure de ce début de xxie siècle, Xaver Bayer guette les points où tout risque de déraper, et il excelle d’ailleurs à savonner la planche sous les pieds de ses personnages, empruntant parfois aux coutumes alpines comme le « Perchtenlauf », qui étonnera plus d’un lecteur francophone et qui se perpétue pourtant bel et bien dans certaines vallées – sans aller jusqu’au point où nous conduit la plume de l’écrivain.


Un arbre à fictions


Ce livre ne ressemble à rien de connu de par sa construction. La chronologie est déconstruite, comme si nous avions là une mosaïque à monter nous-mêmes. Il y a quelque chose d’oulipien chez Bayer ; non seulement ses personnages se prêtent à des jeux ou se jouent de la réalité, mais l’auteur lui-même joue : partie de ping-pong citationnel ici, chronologie labyrinthique, destins aux ramifications multiples… Ce livre n’est pas une fiction, c’est un arbre à fictions. Non pas un « château des destins croisés », mais celui des « destins multiples ».
Sans doute le traducteur est-il le lecteur le plus intrusif d’un livre, devant retourner chaque mot pour comprendre ce qu’il cache. Rien ne doit lui échapper, aussi sonde-t-il les chapitres comme un égyptologue les blocs d’une pyramide : en quête d’éventuelles chambres secrètes. Ici et là, il n’est d’ailleurs pas impossible d’en déceler quelques-unes chez Xaver Bayer. Comme si, sous le texte imprimé, courait un autre texte, inscrit à l’encre sympathique. Ce texte souterrain propose un réseau d’allusions que le lecteur captera, ou non, selon ses propres références. Dans la partie secrète de ce livre à double fond se glissent par exemple des titres ou formules puisés chez Bach, Nietzsche et d’autres, quand ce ne sont pas les paroles d’une chanson de Leonard Cohen, qu’un chapitre revisite dans un contexte nouveau. Ce métatexte ajoute une dimension verticale au livre – un sous-sol peu ou prou comparable à celui du chapitre xviii, où le narrateur va – descend – de surprise en surprise. Et c’est bien la surprise qui prime à la lecture du livre : voilà un roman à nouvelles – roman parce qu’un même narrateur et une même héroïne reviennent de chapitre en chapitre et, grâce à une mosaïque de textes, composent l’histoire sinon d’une vie, de possibilités de vies ; mais on peut voir aussi le livre comme un chapelet de récits dont chacun se lit de manière autonome et forme un tout en soi.
Le lecteur ne manquera pas de noter les phénomènes d’écho d’un chapitre à l’autre, d’une aventure à l’autre : ici des livres qu’on brûle par nécessité, là des livres qu’on jette dans les flammes par pur plaisir. Ou cette mer qui soudain enserre un château comme, dans un autre texte, elle emporte un personnage. Et puis, dans le dernier chapitre, pareil au narrateur, le lecteur est amené à revisiter en quelques pages le livre en accéléré, comme on dit que dans ses derniers instants une personne revoit sa vie entière. Des flashes, des scènes, des détails ressurgissent, par le biais d’une habile trouvaille fantastique, jusqu’au point – lumineux – final. Et cet ultime texte, en condensant, en couronnant ces histoires éclatées qu’il relie les unes aux autres de façon magistrale, consacre toute la cohérence du livre et donne aux chapitres un surcroît d’unité et un sens, car son point final n’est autre que la femme, Marianne en l’occurrence, une femme forte qui n’est pas sans écho avec celle dont un certain pays a fait son emblème. Au fond, La vie avec Marianne peut être lu aussi comme un livre sur le genre, tant il installe la femme comme un certain « avenir de l’homme », comme la représentante la plus solide, la plus énergique du genre humain, celle qui a l’initiative et dicte des projets. Le sexe fort, dans ces chapitres, est bien celui que d’ordinaire on qualifie de sexe « faible ». Et puis, cette Marianne a quelque chose d’insaisissable. Elle élude certaines situations, se dématérialise soudain, pour réapparaître, au bout du compte, dans une lumière qui, sur le coup, éblouit notre narrateur. Partons à sa recherche !

Éric Faye

×
Télécharger maintenant ou lire en ligne
ISBN : 978-2-491241-99-5
Commander le livre auprès de l'éditeur
ISBN : 9782491241988
Acheter le livre en ligne au prix de 17.50 € (frais de livraison en supplément)
Où trouver ce livre en librairie ?
ISBN : 9782491241988
Publié le 3 mars 2022 - 184 pages - 130x200mm

C’est notre monde, le monde actuel. Sauf qu’un jour, votre sous-sol prend des airs de labyrinthe tandis que votre ascenseur dispose de qualités ascensionnelles pour le moins inattendues. Sauf que deux drones planent au-dessus de votre tête, obstinément. Et attention, en sortant de votre salle de bains, à ne pas vous retrouver dans un appartement qui n’a plus rien du vôtre... Telle est la vie du narrateur avec Marianne. Tel est l’univers de Xaver Bayer qui, dans ce roman brillant, fait des détours par l’absurde et le fantastique, pour nous parler de nous-mêmes, égarés dans cette époque pleine de trappes et qu’au fond, nous ne comprenons pas vraiment.

Sur un ton doucement ironique, Xaver Bayer rédige le journal de nos peurs et nous livre une description délicieusement ludique de l’existence.

Verbatim libraires

Quel roman! J'ai été très décontenancée après les deux, trois premiers chapitres. Presque en colère à cause du parti pris très 'arty' du livre. Puis j'ai continué, assez fascinée par les situations très dérangeantes et absurdes puis j'ai terminé et ai absolument adoré! Élodie Salanove, Hartliebs Bücher, Vienne.

"Sous forme de saynètes, le narrateur nous invite à découvrir Marianne, une femme vivante, dynamique qui aime la magie, l'amour, la vie… avec douceur et nostalgie, on se laisse piéger et manipuler par ce personnage hors-norme et déconcertant !" Fabrice Langlet, Les Nouveautés

"Un livre superbe, les nouvelles rassemblées sont harmonieuses, déjantées et certaines sont explosives d'émotions. Recueil bouleversant d'émotions et de sensation." Christophe Buchy, Librairie Libellune
 
"Un livre surprenant ! Il déstabilise dans un premier temps, vivre aux côtés de Marianne semble incroyable. On se laisse porter dans chaque aventure toutes plus étranges et folles les unes que les autres. Et l'envie de savoir jusqu'où l'auteur peut nous emmener est irrésistible." Marie, Les Biens-aimé.e.s 
 
"Un roman déstabilisant mais très bien construit qui ouvre au lecteur les portes d'un inconscient sans limites." La Madeleine, Lyon
 

Verbatim presse française 

"Un vrai-faux roman d'une inquitante étrangeté, déboussolant", Anthony Dufraisse Le Matricule des Anges.

"On ne s’ennuie pas avec Marianne, mais, si chaque page constitue une nouvelle surprise, elle entame un peu plus allègrement la crête étroite qui sépare le rêve de la réalité. Même s’il le renouvelle profondément, l’Autrichien Xaver Bayer a sans doute de grands prédécesseurs dans cet art du récit qui fait inopinément surgir le fantastique de notre entourage immédiat, et tourner au cauchemar un jour qui aurait pu être heureux. On songe parfois à Tieck, Hoffmann, Kafka, à Reinhard Lettau et à beaucoup d’autres encore." Jean-Luc Tiesset, En attendant Nadeau.

"Avec le génial La vie avec Marianne, le lecteur plonge dans un melting-pot de genres romanesques, et en ressort ébouriffé. (...) Qu’on se le dise, La vie avec Marianne de Xaver Bayer (éditions du Faubourg) est un objet lisible non identifié. Éric Faye, qui en signe la préface et le traduit de l’allemand autrichien, en sait quelque chose. Lui-même a parsemé son œuvre d’anticipation, d’absurde et de fantaisie, sans jamais se lasser de repousser les frontières." Solange Bied-Charreton, Marianne.

"Xaver Bayer le nouveau Thomas Bernhard, sur un mode encore mineur mais sans doute pas pour longtemps. " Didier Jacob, L'Obs.

"Que peut-il se passer ensuite quand un personnage principal prend une balle en pleine tête à la fin du premier chapitre ? (...) Chacune des vingt séquences de La Vie avec Marianne semble ainsi partir de zéro, comme un jeu vidéo qui relance une partie, comme un principe de recueil qui rejouerait les dés, projetant deux protagonistes dans des situations absurdes, dangeureuses, ludiques, parfois fantastiques. Cette sorte de décalage avec la réalité, les comportements à contre-courant de l'attendu, cimentent les histoires, faisant roman. Cette inquiétante sensation donne à cette Vie de Marianne toute sa saveur." Frédérique Roussel, Libération.  

"On n'est pas dans un fantastique aseptique à la Borgès ; Bayer donne plutôt dans un fantastique de l'inconfort, du malaise, du glauque. Ce qui n'empêche pas son livre de sonner à la fin comme une célébration paradoxale de l'amour et du couple, refuges de l'homme dans un monde privé de sens." Bernard Quiriny, LIRE.

"Un ton empli d'humour noir, souvent grinçant, percutant, qui amène une touche de folie à un quotidien qui ressemble, grossi, à celui de notre existence. À déguster afin d'éviter l'indigestion." Les Notes - Lire & Choisir. 

Verbatims presse allemande

“Xaver Bayer écrit le journal de nos peurs. Il a trouvé une forme pour cela et un ton qui semble intemporel, magistral et suggestif, ainsi qu'une attitude qui reflète toujours ironiquement ce qui est dit.” Tagesspiegel

“Dans un langage prétendument innocent et laconiquement beau, l'auteur décrit en vingt chapitres un monde désolé et sans amour dans lequel l'horreur se cache derrière ce qui semble profane et inoffensif.” Badische Zeitung

“Un livre amer, très drôle sur les relations de genre actuelles, [...] divertissant et passionnant, [...] ambigu et complexe, une introduction idéale à l'œuvre de Bayer.” Ex Libris

La vie (avec Marianne), un jeu périlleux
Publié le 4 mai 2022

La vie (avec Marianne), un jeu périlleux

En attendant Nadeau, le journal de la littérature, des idées et des arts, publie une belle critique de l'ouvrage de Xaver Bayer traduit par Eric Faye.

À lire ici.

Extraits :

Lire plus...

Bernard Quiriny dans Lire rend hommage à La Vie avec Marianne
Publié le 2 mai 2022

Bernard Quiriny dans Lire rend hommage à La Vie avec Marianne

Sous le titre malicieux "Deux belges dont un autrichien", Bernard Quiriny consacre sa chronique de mai dans le mensuel Lire à La Vie avec Marianne, de Xaver Bayer.

Lire plus...

Une demi-page sur ’La Vie avec Marianne’ dans L’Obs !
Publié le 28 avril 2022

Une demi-page sur "La Vie avec Marianne" dans L'Obs !

"Xaver Bayer le nouveau Thomas Bernhard, sur un mode encore mineur mais sans doute pas pour longtemps." Tels sont les mots que Didier Jacob utilise dans L'Obs pour féliciter Xaver Bayer, l'auteur de La Vie avec Marianne. Il n'oublie pas non plus de souligner la "très fine traduction d'Eric Faye".

 

Lire plus...

Delirium boum boum : ’La Vie avec Marianne’ dans Le Matricule des Anges
Publié le 12 avril 2022

Delirium boum boum : "La Vie avec Marianne" dans Le Matricule des Anges

"Un roman plein de pétards, de tiroirs et de tours noirs".

Le mensuel de littérature contemporaine consacre un long article à La Vie avec Marianne, de Xaver Bayer, dont l'univers est jugé d'une "inquitante étrangeté, déboussolant" et fait penser au cinéma, à l'esthétique de Jean-Pierre Jeunet où le journaliste trouve qu'un tandem Albert Dupontel-Virginie Efira "ferait merveille". 

"Xaver Bayer a de vraies prédispositions pour le décapage de lar réalité et le dérapage émotionnel" (...) "Ce vrai-faux roman orchestre une succession de distorsions".

Sous la plume d'Anthony Fraisse, le mensuel écrit :

"Qu'il trouve sa place dans la collection Littérature des éditions du Faubourg ne nous surprend pas vraiment. Pour avoir précédemment suivi les subtiles dingueries d'Emmanuelle Heidsieck (Trop beau) ou le cargo-movie de Magali Desclozeaux (Une loge en mer), on le trouve parfaitement raccord avec l'esprit des lieux".

Lire plus...

’La vie avec Marianne, le roman de la vie augmentée’, selon Marianne
Publié le 24 mars 2022

"La vie avec Marianne, le roman de la vie augmentée", selon Marianne

L'hebdomadaire Marianne rend un hommage vibrant au roman de Xaver Bayer :

Avec le génial La vie avec Marianne, le lecteur plonge dans un melting-pot de genres romanesques, et en ressort ébouriffé.

Qu’on se le dise, La vie avec Marianne de Xaver Bayer (éditions du Faubourg) est un objet lisible non identifié. Éric Faye, qui en signe la préface et le traduit de l’allemand autrichien, en sait quelque chose. Lui-même a parsemé son œuvre d’anticipation, d’absurde et de fantaisie, sans jamais se lasser de repousser les frontières.

(...)

Ce mélange du comique par l’absurde et de l’effroi nous renvoie par endroits à la prose insensé du grand écrivain suisse allemand Friedrich Dürrenmatt, comme s’il fallait être germanophone pour tenir sur le fil, pour nous si peu familier, de la fantasque épouvante, d’une légèreté meurtrière dont l’érotisme non plus n’est pas exempt. Une exploration fantasmatique de tous les possibles littéraires.

Lire plus...

’Un roman façon puzzle onirique’ : La Vie avec Marianne chroniqué dans Libération
Publié le 19 mars 2022

"Un roman façon puzzle onirique" : La Vie avec Marianne chroniqué dans Libération

Sous la plume de Frédérique Roussel,  les pages Livres de Libération publient un bel article sur "ce manège à deux" :

"Que peut-il se passer ensuite quand un personnage principal prend une balle en pleine tête à la fin du premier chapitre ? (... )

Chacune des vingt séquences de La Vie avec Marianne semble ainsi partir de zéro, comme un jeu vidéo qui relance une partie, comme un principe de recueil qui rejouerait les dés, projetant deux protagonistes dans des situations absurdes, dangeureuses, ludiques, parfois fantastiques.

Cette sorte de décalage avec la réalité, les comportements à contre-courant de l'attendu, cimentent les histoires, faisant roman.

Cette inquiétante sensation donne à cette Vie de Marianne toute sa saveur."

Lire plus...

Lancement de La Vie avec Marianne à la librairie Les Nouveautés
10 mars 2022

Lancement de La Vie avec Marianne à la librairie Les Nouveautés

Jeudi 10 mars 2022, lancement du roman de Xaver Bayer La Vie avec Marianne, première traduction littéraire du romancier Eric Faye.

Les Editions du Faubourg et Xaver Bayer vous attendent à partir de 19h à la Librairie Les Nouveautés. 

45bis Rue du Faubourg du Temple, 75010 Paris (métro Goncourt).

Lire plus...