Florian Forestier

La force littéraire au coeur des questions sur l'autisme

Florian Forestier

Né en Suisse en 1981, Florian Forestier habite à Paris. Diagnostiqué autiste à 25 ans, après sa thèse de philosophie, il est conservateur à la BNF. Il écrit à la fois romans (Basculer et Un si beau bleu, Belfond, 2021 et 2024) et essais (Désubériser, Éd. du Faubourg, 2020).

« Je n’entre dans rien, surtout pas dans la société », écrit-il dans son dernier livre Mes labyrinthes (Éditions du Faubourg, 2023). Florian a trouvé une voie à travers la phénoménologie et la littérature, utilisant les subtilités et les forces du langage pour faire face à cette « difficulté à mettre en ordre, à donner sens et direction, à savoir qui l’on est, où l’on va, ce que l’on veut dire… ».

 

Son essai littéraire est une immersion dans la sensibilité d’une vie d’étrangeté, un texte percutant et dérangeant. Philosophie Magazine souligne à ce propos que « Florian Forestier a appris à vivre avec et dans sa différence », et il lui tient à cœur de partager son expérience. Formateur en entreprise et conférencier, Florian peut intervenir sur les thématiques suivantes :

  • La politique de diversité en entreprise, entre contraintes légales et recherche de performance

​La question est plus de savoir comment et pourquoi mener cette politique de la diversité, en lien avec une stratégie globale. La recherche de la performance elle-même est à définir, en interrogeant les cultures d'entreprise, les automatismes à déconstruire, en explicitant les attendus, et en sortant des logiques classiques d'organigrammes et de fiche de poste. Le tout, dans un objectif de parvenir à une adaptation réciproque de l'entreprise et de l'individu.

Dans un contexte où les entreprises cherchent plus à standardiser les process et les compétences, et de fait, rendent les individus substituables, la question de la neurodiversité est caractérisée par l'individualité, la singularité, cherchant à créer des conditions favorables pour "potentialiser" une individualité.

  • Les traits autistiques et les marges de la société, une expérience minoritaire

Remettant la question de l’autisme dans le champ des sciences sociales, Florian Forestier propose de considérer ce trouble sous le prisme des minorités sociales, et notamment du queer. Étrangeté au monde, étrangeté du monde vis-à-vis de soi… Le bizarre dérange et déroute, car il en appelle à notre humanité, à nos normes et à leurs définitions.

Une intervention pour nous inviter à reconsidérer les limites de notre société, les marges.

  • Rapport à la décroissance et théorie de l'attention

​La participation de Florian Forestier dans un think tank sur la régulation numérique lui a ouvert le champ de la décroissance, surtout d'un point de vue technique. L'accent peut être mis sur la compréhension des processus économiques, marketing, et même cognitifs à l'oeuvre dans l'économie de l'attention, et les manières d'en infléchir (individuellement et collectivement) le cours.

  • Invisibilité, atypicité et écriture : l’autisme comme rapport au corps et aux mots

Y a-t-il un rapport spécifique des personnes autistes au langage ? Une écriture qui leur est propre ? Une créativité s'exprimant par leur façon de s'approprier la langue et la narration ? Deux pistes seront suivies pour proposer des éléments de réponse. 

La première, celle du langage perçu comme quelque chose de dense et d’épais, voire de dangereux, d’étranger. 

La seconde, s’appuyant sur des textes d’auteurs reconnus autistes ou supposés autistes, celle du processus d’écriture désordonné et fragmenté, d’une écriture non définie par un horizon de réception, marquée par des ruptures d’intrigues, langage riche, peuplé de métaphores, métonymies, etc. 

Dans les deux cas, on peut parler d'une forme singulière de créolisation. 

 

  • Trouver une troisième voie pour l’autisme, entre aliénation et « déification »

La société a pris pour habitude d’aliéner les personnes atteintes de trouble – puis de les sur-valoriser au nom des capacités intellectuelles atypiques décelées chez eux. La voie juste semble se trouver entre les deux, dans une appréciation de la complexité du spectre et de l’étendue de la différence à embrasser dans tous nos rapports humains.

« L’autisme est une condition complexe et totale. (…) Le modèle déficitaire conduit à une véritable mal-mesure. Par ce terme, on désigne le fait d’appliquer à telle population une norme inadéquate, ce qui conduit à la déprécier. »

« L’idée d’une ‘autre intelligence’ est toutefois pleine d’écueils. Si imparfaits soient-ils, les tests standards cherchent à mesurer une capacité transférable dans de nombreuses situations sociales. (…) Quel sens donner alors à une intelligence qui ne s’exerce que dans certains contextes seulement ? »

Extraits de Mes labyrinthes, Éditions du faubourg, 2023

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Mes Labyrinthes
Publié le 3 novembre 2023

Mes Labyrinthes

Vivre avec la différence

« Ce qui me pousse à parler, à crier ? Peut-être le scandale de ces mots qui résistent et se dérobent – le sentiment aigu d’un piège, d’une toile d’araignée qui se resserre, quoi que je dise et fasse lorsque j’en parle. Des noms, il en existe trop : fêlés, geeks, malpolis, weirdos. Ils sont[...]

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Désubériser, reprendre le contrôle
Publié le 16 mars 2020

Désubériser, reprendre le contrôle

L’ubérisation est devenue un symbole : celui des transformations que le numérique impose à notre modèle social, remis en cause jusque dans ses fondements. Le salariat est-il en danger ? Faut-il au contraire l’imposer aux plateformes et à leurs travailleurs ? La précarisation généralisée est-elle le prix à payer pour ces innovations sans précédent ? Au-delà des[...]

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